Mercedes AMG G63, à quoi bon être raisonnable !

Le Classe G, c’est un peu le dinosaure de l’automobile. Un énorme cube sur quatre roues, une silhouette qui n’a presque pas changé depuis plus de 45 ans et, dans cette version AMG, un V8 de 585 chevaux. Autant dire qu’on est assez loin de la définition d’une voiture raisonnable. Mais voilà, le G63 fait partie de ces voitures qui nous font rêver depuis des années. Alors forcément, quand Mercedes nous en a confié les clés pendant quelques jours, on était comme des gamins. Restait à savoir si ce monument de l’automobile était aussi attachant à conduire qu’à regarder !

Pour comprendre le Classe G, il faut remonter à 1979. À l’époque, Mercedes lance un véritable franchisseur, pensé pour aller là où les autres voitures ne passent pas. Mais au fil des années, le G commence à prendre goût au luxe, notamment avec l’arrivée du W463 en 1990. AMG finit aussi par s’intéresser à la bête, d’abord avec quelques préparations, puis avec le G55 AMG intégré à la gamme en 1999. En 2012, le G63 voit le jour avec un V8 biturbo de 5.5L sous le capot. Six ans plus tard, Mercedes revoit presque tout avec une nouvelle génération, un nouveau châssis, un train avant indépendant et un V8 qui passe à 4.0L. Mais malgré tous ces changements, le Classe G conserve ce qui fait toute son identité depuis ses débuts. Sa gueule !

Parce que oui, difficile de trouver une autre voiture avec autant de personnalité. Un pare-brise parfaitement vertical, un capot plat, des charnières apparentes, des clignotants posés sur les ailes, une énorme roue de secours accrochée à la porte arrière et, évidemment, ces deux sorties d'échappement latérales juste devant les roues arrière. Rien n'est vraiment discret, encore moins sur notre exemplaire habillé d'un magnifique rouge rubellite, associé à des jantes de 22 pouces en bronze. Une configuration assez osée, mais qui lui va franchement bien ! Même monter à bord fait partie du spectacle. On grimpe, on referme cette lourde portière avec son claquement métallique si particulier et on se retrouve perché au-dessus de la circulation. La position de conduite ne ressemble à celle d’aucun SUV moderne.

À l’intérieur, en revanche, Mercedes n’a pas oublié le luxe. Cuir Nappa marron, carbone, sièges chauffants, ventilés et massants, excellent système son Burmester. Notre G63 avait tout ce qu’il fallait pour avaler les kilomètres dans un confort franchement remarquable. Avec, au milieu du tableau de bord, les trois commandes de blocage des différentiels pour rappeler qu’il reste un vrai tout terrain, et pas simplement un salon roulant. Mais évidemment, la star se cache sous le capot. Le V8 4.0L biturbo développe 585 chevaux et 850 Nm, épaulé par une micro-hybridation 48V capable d’ajouter ponctuellement 20 chevaux. Notre G63, équipé du pack AMG Performance, abat le 0 à 100 km/h en 4,3 secondes. Pour plus de 2,6 tonnes, c’est délirant !

Et pourtant, ce ne sont pas les chiffres qu’on retient, mais surtout la sonorité franchement jouissive de ce V8 ! Le grondement au démarrage, les montées en régime, les rétrogradages et ces échappements placés presque sous nos oreilles. On se surprend à jouer avec les palettes simplement pour entendre le V8 chanter. Et quand on écrase l’accélérateur, le G se cabre, pousse comme une brute et embarque toute sa masse dans le mouvement. Ce n’est pas une accélération propre et aseptisée. C’est une grosse machine qu’il faut presque dompter ! La boîte automatique à neuf rapports suit sans difficulté, douce au quotidien et réactive quand on s’amuse.

On a aussi été surpris dans les virages ! On s’attendait à bien plus pataud. Notre exemplaire disposait de l’AMG ACTIVE RIDE CONTROL, qui remplace les barres antiroulis classiques par un système hydraulique reliant les quatre amortisseurs. Sur route, il limite efficacement le roulis. En tout terrain, il libère l’articulation des roues. Le G reste haut et lourd, bien sûr, mais il tourne nettement mieux que ce que son allure laisse imaginer. 

Ce qui est encore plus surprenant, c'est qu'une fois le rythme calmé, le G63 devient un excellent compagnon de voyage. Malgré ses énormes roues de 22 pouces et son architecture de véritable tout terrain, le confort est franchement remarquable. Les sièges sont formidables, les suspensions travaillent bien et le régulateur adaptatif rend les longs trajets faciles. Sur autoroute, quelques bruits d’air rappellent que l’aérodynamisme d’une armoire normande n’est pas idéal, mais le système son Burmester couvre vite tout ça. En ville, les caméras à 360 degrés sont presque indispensables pour manœuvrer ce gros cube.

Alors oui, on pourrait chipoter. Malgré son gabarit imposant, le Classe G n'est pas le champion de l'habitabilité, surtout à l’arrière. Et quitte à voyager dans autant de luxe, on aurait apprécié des sièges arrière ventilés. Et puis il boit. Beaucoup ! Sur 1.300 kilomètres, avec de l’autoroute, des nationales et quelques moments où l’on a profité du V8, on a relevé environ 22L/100 km. Oui, 22 ! Même le réservoir de 100 litres ne fait pas de miracles. La micro-hybridation non plus, visiblement ! Mais difficile d'imaginer le propriétaire d'un G63 être particulièrement préoccupé par sa consommation.

Mais au fond, c’est justement pour ça qu’on l’adore. Parce que ce G63 a quelque chose qu'on ne retrouve pas si souvent dans l'automobile moderne. Une vraie personnalité ! D’autres SUV sont plus agiles, plus sobres, plus spacieux. Mais absolument aucun ne donne les mêmes sensations. Après 1.300 kilomètres à son volant, notre avis n'a pas vraiment changé. On adorait déjà le G63 avant cet essai, et on l'aime encore plus aujourd'hui. Le G63 est excessif, imparfait et complètement irrationnel, mais surtout carrément attachant. Alors non, personne n'a réellement besoin d'un Mercedes AMG G63. Mais franchement, qu'est-ce qu'on aimerait en avoir un dans le garage !

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