La Honda Civic Type R, profitez-en, ça ne durera pas !
La Honda Civic Type R, c'est le genre de voiture qu'on croyait presque condamnée. Une compacte sportive, traction, boîte manuelle, pensée uniquement pour le plaisir de conduire, dans un monde qui prend chaque année la direction exactement opposée. Elle porte à elle seule le poids d'une catégorie entière en voie de disparition. Ce qui pose une question assez simple : est-elle vraiment à la hauteur de ce statut ? Après plusieurs jours à son volant, la réponse est assez claire !
Dès les premiers regards, cette Civic Type R annonce clairement la couleur. Là où l’ancienne génération (FK8) en faisait un poil trop, cette nouvelle version (FL5) joue une carte bien plus mature. Plus basse, plus large, avec des aérations au niveau des passages de roues et un capot en aluminium avec une extraction d'air, les détails sont là, mais jamais criards. Alors oui, le gros aileron et les trois sorties d’échappement rappellent qu’on n’est pas dans une Civic normale, mais l’ensemble reste étonnamment cohérent. Le profil est tendu, presque élégant, avec cette silhouette de petite berline qui s’éloigne clairement de la compacte d'antan. Résultat : une voiture plus sérieuse, plus posée, mais toujours aussi sportive dans l’âme.
Une fois à bord, la Type R change radicalement de visage. Toute la maturité perçue à l'extérieur laisse place à quelque chose de bien plus démonstratif. Rouge partout : les sièges, la moquette, les surpiqûres. Difficile de faire plus explicite. On retrouve l’ADN plus excentrique des anciennes Type R, comme si elle assumait enfin ce qu’elle est vraiment. Et honnêtement, ça fonctionne. L'ambiance est ultra immersive, très typée, sans jamais tomber dans le mauvais goût. Ajoutez à ça l’Alcantara omniprésent et on se retrouve dans un habitacle qui respire clairement la sportivité. Les sièges baquets sont une vraie réussite : maintien parfait, sans jamais devenir inconfortables même sur de longs trajets. On est bas, bien calé, avec une position de conduite presque parfaite.
Mais le vrai coup de cœur, il est juste là, au centre : ce levier de boîte de vitesse en aluminium. Froid au toucher, incroyablement précis, avec des passages de rapports qui deviennent vite addictifs. Le volant en Alcantara offre un grip excellent, les pédales sont parfaitement calibrées avec un embrayage ferme mais facile à doser, et un frein au mordant immédiat. Tout respire la connexion entre la voiture et le conducteur.
Face à soi, le compteur digital change complètement d’ambiance en mode R, avec une présentation bien plus radicale et ces LEDs qui s’illuminent à mesure que le régime grimpe, comme dans une voiture de course. Honda n'oublie pas l'essentiel pour autant : des boutons physiques pour la climatisation, un système d’infodivertissement simple et efficace (même si Apple CarPlay reste filaire), et une qualité perçue globalement très solide. Oui, il y a un peu de plastique dans le bas de l’habitacle, mais rien de choquant.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la Type R reste étonnamment vivable au quotidien. L’espace à l’arrière est correct pour les jambes, un peu plus limité pour la tête, et le coffre reste tout à fait exploitable. Même la visibilité arrière, souvent critiquée sur l’ancienne génération, est ici bien meilleure : l’aileron est tellement bien intégré qu’il disparaît presque dans le rétroviseur. Une sportive radicale, oui, mais qui n’oublie pas d’être utilisable tous les jours.
Mais la vraie raison d'être d'une Type R, c’est la route. Et là, la FL5 ne rigole plus du tout. Sous le capot, le moteur fait honneur à l’ADN Honda. Un VTEC de 329 chevaux qui offre deux visages bien distincts : docile et presque sage à bas régime, puis rageur à mesure qu’on monte dans les tours. Et c’est justement là que la magie opère. Passé un certain régime, le moteur change de caractère, devient plus vivant, plus agressif, et donne vraiment envie d’aller chercher la zone rouge encore et encore. Un moteur à sensations, comme on en voit de moins en moins aujourd’hui.
Alors oui, il faut être honnête, la sonorité aurait pu être plus marquante. Les normes sont passées par là, et ça s’entend. En mode R, un son artificiel vient même s’ajouter dans les haut-parleurs, heureusement désactivable. Mais au final, ce n’est pas le sujet ici.
La boîte manuelle est, sans exagérer, l'une des meilleures du marché. Ultra précise, engageante, avec ce clac mécanique satisfaisant qu'on n'entend plus nulle part ailleurs. L'autoblip (talon pointe automatique pour garder le moteur dans sa plage optimale) est là pour les rétrogradages, désactivable si on veut tout gérer soi-même.
Le châssis, lui, est tout simplement excellent. Sur le sec, le grip est exceptionnel, le train avant d'une précision chirurgicale, la motricité bluffante pour une traction. Sur le mouillé, il faut composer entre 3.500 et 5.000 tr/min avec une perte de grip franche avant que les Michelin Pilot Sport 4S ne raccrochent, la voiture bouge, vit, reste joueuse sans jamais être traître. À 13L/100 de moyenne ? On s'en fout. Ce n'est pas une voiture rationnelle, et c'est exactement pour ça qu'on l'aime.
Alors, est-ce que la Honda Civic Type R FL5 est à la hauteur de son statut ? Oui. Complètement. Elle est même probablement la meilleure compacte sportive disponible aujourd'hui, et de loin. Dans un segment qui se vide à vue d'œil, elle tient le rang seule, sans concurrence à son niveau. À 61.000€, le prix peut faire un peu tiquer. Mais pour une voiture de ce calibre, avec ce niveau d'engagement, cette pureté et cette expérience de conduite qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, c'est presque justifiable.
Ce qui est certain, c'est qu'une voiture comme celle-là n'existera plus dans quelques années. Les normes, l'électrification, la disparition progressive des boîtes manuelles, tout joue contre elle. La Type R, c'est une des dernières représentantes d'une époque qui tire sa révérence. Alors si l'idée vous a déjà traversé l'esprit, il ne faut plus trop attendre. Les voitures comme ça, sont tout simplement irremplaçables.